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lundi 14 janvier 2008

Il suffit d'insister...

Cette note va me permettre de vous présenter Nasr Eddin Hodja et de vous parler de la systémique.

Nasr Eddin Hodja est un héros légendaire turque qui aurait vécu au XIIIème siècle. Il est irrévérencieux et subversif. Les "Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja" sont réunis dans un ouvrage de Jean Louis Maunoury aux Editions Phébus Libretto.

"Rentrant fort tard de la maison du thé, Nasr Eddin  laisse tomber, devant le seuil de chez lui, l'anneau qu'il porte au doigt.
Aussitôt l'ami qui l'accompagne s'accroupit pour chercher à tâtons. Nasr Eddin, lui, retourne au milieu de la rue, qu'éclaire un splendide clair de lune.
- Que vas-tu faire là-bas, Nasr Eddin ? C'est ici que ta bague est tombée !
- Fais à ta guise, réponds le Hodja. Moi, je préfère chercher où il y a de la lumière."

Page 27

Les thérapeutes systémistes diraient qu'il s'agit de faire "plus de la même chose".

Lorsque nous rencontrons un problème, nous tentons de le résoudre en utilisant une solution qui a déjà pu fonctionner par le passé. Ainsi, il est vrai que chercher à la lumière est en principe plus efficace que de le faire dans l'obscurité.

Et, si cette fois cela ne résout rien, il nous suffira de chercher une autre solution. Oui, mais alors nous risquons fort d'aller vers des solutions différentes en apparence, mais qui, fondamentalement sont "plus que la même chose." On insiste et si ça ne marche pas, on ira plus loin dans le même sens.

Les systémistes aiment jouer du paradoxe. En simplifiant outrageusement, à une personne qui a des troubles du sommeil et qui a déjà essayé toutes les solutions pour dormir, le thérapeute systémiste lui dira de ne pas dormir ! A celui qui bégaie, il dira "bégayez ! Ainsi, un homme bègue qui devait prendre un poste de vendeur mais qui était angoissé à l'idée de bégayer dans son cadre professionnel, les thérapeutes de l'école de Palo Alto lui dirent à quel point tout ces vendeurs aux discours lisses, à l'éloquence parfaite, connaissant leur argumentaire de vente sur le bout des doigts sont d'un ennui terrible et d'un agacement certain. Ils lui firent remarquer, ce que lui même avait déjà vécu, le client écoute par pure politesse mais au fond de lui, il n'apprécie guère cette force de vente.

Ils ont donc recadrer la situation pour amener le jeune homme à l'envisager différemment, sous un autre angle de vue. Ils ajoutèrent qu'au contraire, les gens sont d'une gentillesse et d'une patience inouïe pour écouter une personne souffrant de son handicap. Là aussi, la situation vécue comme problème est recadrée et devient un atout. Il reçut alors l'ordre de bégayer. Et même, si après quelques temps de travail, il ne bégaie plus alors qu'il se force un peu pendant quelques temps encore.

Conclusion, "Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais l'opinion qu'ils en ont." Epictète

vendredi 28 décembre 2007

2ème degré et plus...

A l'approche de la nouvelle année, je vous invite à prendre avec moi une bonne résolution : faisons nous mêmes notre malheur ! En effet, pourquoi s'obstiner à laisser les autres s'en charger ? Il est facile et délectable de le subir mais l'organiser, le gérer, le manager est plus sublime encore.


Pour cela, je vous propose une lecture qui vous permettra de comprendre les mécanismes du malheur et qui vous fournira des conseils pratiques et facilement réalisables. Ce livre est le fruit de l'expérience clinique de Paul Watzlawick * et de recherches scientifiques tout à fait sérieuses. Vous pourrez ainsi apporter votre touche personnelle à votre malheur. A l'heure où l'on « customise » tout : sa voiture, sa coiffure, son album photo, son ordinateur, apporter sa touche personnelle a son malheur est un plus que chacun saura apprécier. Pouvoir faire son malheur à soi, qui sera à nul autre pareil. Ainsi, voici des conseils pertinents prodigués par ce précieux recueil Faites vous même votre malheur de Paul Watzlawick au Seuil.


Premièrement et avant toute autre résolution : décidez d'être loyal avec vous même. Adoptez un adage et tenez bon, mordicus. Ne vous en écartez jamais, faites en votre ligne de conduite absolue afin qu'elle devienne LA vérité. Choisissez « entre le monde tel qu'il est et le monde tel qu'il devrait être » (page 19). Attention, faites le bon choix !


Deuxièmement, entêtez-vous, insistez, tenez !


Troisièmement, persuadez-vous que les chuchotements de votre belle-mère avec votre beau-frère, sont des critiques dirigées contre vous. Faites de même avec vos voisins, vos collègues, les enfants dans la rue, etc. Laissez votre esprit faire son film. Il sera sans doute primé à Cannes dans la catégorie « meilleur scénario de l'année » : faites vous confiance à ce niveau. Ouvrez-vous à vos peurs, vos craintes, vos doutes. Laissez les vous submerger, vous envahir, vous dictez votre conduite. Oui, il y a un complot mondial. Oui, les extraterrestres existent et on nous le cache. Oui, votre belle mère vous critique, je peux vous l'assurer j'en suis moi-même victime !!!


Je ne veux pas déflorer le propos de ce brillant livre. Je ne citerai pas davantage de conseils ici. Appliquez déjà ceux-là précautionneusement. Vous devriez déjà atteindre des sommets dans votre malheur. Puis, quand vous vous sentirez près pour le voyage sublime, pour l'ascension de l'Everest ou de l'Himalaya de votre malheur alors courrez chez votre libraire et procurez vous ce livre. Oui, votre libraire se moquera de vous ! Grand bien vous fasse !


Sur ce, je vous souhaite une délicieuse année de malheur...


* Qui est Paul Watzlawick ?


Autrichien, né en 1921, il est docteur en philosophie et exercera la psychanalyse. Il l'un des psychothérapeutes systémistes les plus connus du MRI de l'Ecole de Palo Alto. Il est décédé cette année, le 31 mars.


Il est l'auteur de plusieurs livres scientifiques (La Réalité de la réalité, Le langage du changement, etc.) et de livres humoristiques (Comment réussir à échouer, Guide non conformiste à l'usage de l'Amérique et bien sûr Faites vous mêmes votre malheur). Ce dernier est une parodie des best-seller censés nous donner les clés du bonheur, de la réussite, de l'efficacité, de la performance, de la communication, d'une vie de couple éblouissante, d'une sexualité épanouie  (c'est à dire avec un bon rendement), etc. Bref, pour que nous soyons des êtres parfaits et heureux... à tout prix ! Telle est l'injonction de notre temps : Soyez heureux et performants !

vendredi 07 décembre 2007

La relation d'aide (deuxième partie)

Suivons pas à pas la démarche d'une relation d'aide type. J'entends par là, généralisable à l'ensemble des professionnels de la relation d'aide (psychothérapeutes, travailleurs sociaux, coachs...) donc , incomplète, imprécise chaque profession ayant ses spécificités, bien entendu. Je me contenterais ici d'un survol des différentes étapes de la relation et des outils pouvant ou étant effectivement utilisés par les uns et les autres. Je reviendrai sur les étapes et sur les différents outils au fil de l'eau sur ce blog.


Tout d'abord, il y a la définition du problème qui amène la personne à rechercher de l'aide. Ici interviennent les qualités personnelles et professionnelles sus décrites ; empathie, écoute , authenticité, respect inconditionnelle pour créer un lien de confiance. Des outils peuvent déjà être utilisés à ce stade. En effet, comment mener ce premier entretien ?


Écouter, observer la personne et questionner le contexte et le problème :

« De quoi s'agit-il ? » Ici, l'aidant va alors écouter le récit du problème et s'attacher à entrer dans le monde du client (Comment pense-t-il ? Comment s'expriment-il ? Comment se meut-il ?). Il va observer les aspects non-verbaux de la communication (mimiques, regard, posture etc.). L'aidant va aussi observer la position adoptée par le client dans la relation.


Puis, faire émerger la demande :

« Que puis-je pour vous ? », « En quoi puis-je vous aider ? » Ici, le professionnel cherche à faire émerger une demande sur laquelle travailler. Un contrat peut alors être élaboré.


Le contrat :

Le contrat structure l'intervention, il la clarifie, la limite, il responsabilise le client. Ce contrat est réactualisé régulièrement au fil des rencontres et de l'émergence de nouvelles demandes de la part du client.


Bilan, évaluation de fin de parcours :

On ne peut en faire l'économie. Il s'agit de faire le point sur le travail réalisé ensemble, d'évaluer qualitativement.


Les outils :

Les outils sont nombreux, ils sont souvent réflexifs. Ils sont pour la plupart issus du champ psychothérapeutique. On peut citer pêle-mêle et de façon non-exhaustive, la méthode questionnement sur le Réel, le Problème, les Besoins, la Demande (RPBD) de Vincent Lenhardt, le très connu QQOQCPC, le dessin (symbolique, imaginaire, inconscient), l'analyse transactionnelle (AT), l'approche centrée sur la personne (ACP ou écoute rogérienne), la communication ericksonnienne (la question du miracle), la PNL, la systémique, l'orientation solution, etc.


En aparté :
Il me semble -peut-être à tort- pour faire partie de la famille du travail social et donc pour côtoyer ses différents corps de métier, que les travailleurs sociaux disposent de peu de connaissances théoriques, de méthodes et d'outils pour analyser le contexte, décoder la communication non-verbale, comprendre le monde du client, analyser la demande. Ils sont peu nombreux à contractualiser leur intervention lors d'un premier rendez-vous. Il en résulte des situations dans lesquelles les deux parties sont engluées (triangle dramatique de Karpmann, transfert...), des situations ou les problématiques personnelles du travailleur social interfèrent dans la relation...


Transposons cette démarche à l'animation sociale.

 

L'animateur social construit son action sur la base d'entretiens qui permettent de faire émerger des souhaits, des désirs explicites.


Parfois, les désirs ne sont pas formulés explicitement, l'animateur social peut alors -se risquer- à faire des propositions à la personne. Les propositions peuvent être refusées. La personne est libre de ses choix et l'animateur ne s'offusquera pas d'un refus. Il pourra en rechercher les causes : le projet ne correspond pas aux attentes de la personne, la personne a des craintes, elle n'est pas prête pour ce type de projet, elle n'est pas demandeuse de cette intervention car c'est peut-être sa famille qui lui a imposé la présence de l'animateur, etc. Se poser ces questions peut permettre d'ajuster son intervention pour la suite ou de mettre un terme aux interventions.


L'animateur social fonctionne par projet qu'il soumet à la personne. C'est une forme de contrat. Le projet cadre les interventions (durée, temps des visites, objectifs). Il définit qui, fait quoi, comment, où,  quand et pour combien (de temps, d'argent, de visites) c'est le fameux QQOQCPC vu précédemment.


Idéalement, l'animateur aimerait relancer une dynamique qui permettrait à la personne de mettre tôt ou tard un terme aux visites et de poursuivre seule son chemin (autonomie). Dans la pratique, avec les gérontins te les gérontines, ceci est difficilement envisageable car ils ont besoin de la présence d'un tiers pour conduire le véhicule, tenir le bras dans la rue, etc. L'animation sociale à domicile s'inscrit donc -a priori mais pas obligatoirement - dans la durée.


Après la réalisation de chaque projet, l'animateur évalue son action avec la personne. Est-elle satisfaite par le projet lui-même ? Est-elle satisfaite par l'accompagnement proposé par l'animateur ? A-t-elle d'autres envies ? Souhaite-t-elle continuer à travailler avec l'animateur ? Etc.


Reste aux animateurs sociaux à s'informer et se former aux outils susceptibles de les aider efficacement dans leur relation avec le client : savoir lire l'histoire familiale, connaître les notions de transfert et contre-transfert, apprendre à écouter, à questionner, etc. autant de compétences à développer.


Ce billet s'arrête là. Je vous invite à poursuivre la réflexion et à compléter « cette suite et à suivre... » de ce billet consacré à la relation d'aide. A suivre... car vos commentaires le complèteront utilement et parce que d'autres billets suivront sur ce thème.


PS : je rencontre sur ce billet un problème technique que je ne parviens pas à résoudre concernant la taille de la police de caractère. Vous avez sans doute remarqué qu'il y a des différences selon les paragraphes. Ceci n'est pas voulu. Merci de votre compréhension.

mercredi 14 novembre 2007

Du désir au bonheur de vivre

Seul l'humain peut désirer. Les animaux ont des besoins qu'ils cherchent à satisfaire. Nous autres nous pouvons désirer.

Mais qu'est ce ? Et à quoi bon ?

Qu'est ce ?
Le désir est une tendance à aller vers un objet considéré comme bon, source de satisfaction et de plaisir. C'est un moteur de la vie humaine. Il n'est pas vital en ce sens qu'il ne satisfait pas des besoins physiologiques tels que se nourrir. Le besoin est temporaire. J'ai faim, je mange, je n'ai plus faim. Il n'en va pas de même du désir. Le désir dure au delà de sa satisfaction sous la même forme ou sous une autre.

A quoi bon ?
Un désir satisfait apporte bien être et bonheur de vivre. N'est ce pas suffisant ?

Contrairement aux autres professions de la gérontologie qui veulent satisfaire des besoins, l'animation sociale accompagne le désir et sa satisfaction.

Les familles bienveillantes qui aident un proche âgé veillent de près à ce que tous les besoins soient comblés. Mange-t-il bien ? Son logement est-il adapté ? Ne faudrait-il pas une aide à domicile ou une entrée en établissement ? Toutes ces questions sont importantes et toutes les réponses le sont aussi.

Cependant, ces questions occultent bien souvent les désirs et plaisirs de la personne. De quoi a-t-elle envie aujourd'hui ? A-t-elle envie d'aller faire ses courses elle-même avec ma présence rassurante ? A-t-elle envie de rendre visite à une amie perdue de vue depuis longtemps ? A-t-elle envie de revoir le village de son enfance ?

Famille et professionnels se retrouvent autour des besoins de la personne mais souvent le souhait, le désir ne sont pas accompagnés voire ne sont pas entendu et écouté.

Je ne jette la pierre à personne, ni aux professionnels, ni aux familles. Il y a dans notre société une prise de conscience qui reste à faire concernant l'accompagnement des âgés. En maison de retraite, l'animation est obligatoire. Il n'en est pas encore de même à domicile ou les personnes se meurent d'isolement.

L'animation sociale, loin d'être occupationnelle, aide les personnes à désirer, à oser exprimer des souhaits et à vivre de nouveaux projets.

En maison de retraite, j'ai accompagné des résidants vers la réalisation de leur désir. Il y a eu ce monsieur qui voulait retourner dans son bistrot pour voir "sa copine" disait-il, ce même monsieur qui nous a fait courrir les traiteurs pour trouver du couscous qu'il a partagé avec les autres résidants de sa table. Il y a eu cet autre monsieur qui a souhaité passer une après midi chez lui (dans un capharnaüm sans nom), cette dame que l'on a accompagné au cimetière pour rendre visite à ses morts.

Rien de cela n'est superflu. Pour nous, libre de nos mouvements, indépendants (au contraire des vieux que l'on dit dépendants), aller manger un couscous est d'une grande banalité. Pour eux, non. C'est un vrai désir, un vrai plaisir. C'est entre autres à cela que sert l'animation sociale.

Comme nous le voyons dans ces exemples, chaque désir est unique. On ne peut pas les classifier, les ordonner, ils ne rentrent pas dans des grilles ou dans des manuels statistiques. En animation sociale, le copier-coller est impossible. Cela exige donc d'écouter. L'animateur social ne peut faire l'économie de ce temps précieux à écouter la personne pour entendre une demande explicite ou déceler ce qui est dit à demi-mots ou à demi-maux.

Avant toutes réalisations, l'animateur doit donc écouter. Après toutes réalisations, il doit écouter aussi ! Pourquoi ? D'une part, pour savoir si la personne est satisfaite. Cette évaluation permet à l'animateur d'ajuster ces actions futures, sa manière d'être ou de faire. D'autre part, parce que la personne a sans doute d'autres envies !

Il y a le désir de vivre et il y a le désir de mourir. Qui veut, qui peut entendre ce désir ? "La vie ne vaut plus d'être vécue, je veux mourir." Cette demande peut être une manière pour la personne d'attirer l'attention, de dire sa souffrance, de demander de l'aide. Pour les aidants, c'est une demande difficilement supportable. Essayons alors d'écouter vraiment, d'aller au delà des paroles. Tentons de susciter des désirs pour redonner à la personne le goût de vivre. Et n'ayons pas peur de demander au psychologue de l'établissement, par exemple, d'intervenir auprès de la personne et auprès des équipes pour gérer cette demande et ce qu'elle nous renvoie de nos propres peurs, de notre approche de la mort et de la vieillesse.

Les gérontins et les gérontines ont suffisamment à faire avec les deuils, leur vieillissement, les handicaps, l'entrée en établissement, l'isolement à domicile, ne les privons pas du plaisir d'exister.

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