De l'en-Vie à la mort
Comme je le disais hier, le décès de Fred Chichin m'a profondément touché car leur dernière chanson "Ding Dang Dong" nous a fait danser en famille, dans notre salon. Elle a marqué comme une nouvelle déclaration d'amour entre mon époux et moi.
Mais, il y a autre chose aussi... J'ai repensé aux étapes du deuil proposée par Elisabeth Kubler-Ross. J'ai repensé à la journée consacrée à la mort pendant ma formation en gérontologie, à l'alternance entre les cours magistraux et les débats sur la mort et l'euthanasie, les soins palliatifs, les rites, la place de la mort dans notre société, etc.
Je me suis souvenue de la journée "de stage" ou de "découverte" passée aux soins palliatifs. Des rencontres avec des professionnels d'une humanité incroyable. (Je ne peux pas citer ici les exemples d'accompagnement qui nous étaient relatés car pour être humain, il faut parfois faire fi des règlements et des normes !). J'ai découvert un service pensé pour les patients et pour les familles avec une cuisine à leur disposition. Une pièce œcuménique pour que quelque soit sa confession, la personne puisse venir se recueillir.
Nous étions plusieurs étudiants. Tous, avec nos connaissances (certaines infirmières connaissaient le monde des soins palliatifs), ou avec nos fantasmes, nos peurs. Nous imaginions un lieu sombre, triste, vivant dans l'urgence et l'agitation des équipes courants d'une chambre à l'autre, les malades criant leur souffrance. Que n'imagine-t-on pas lorsqu'on ne connaît pas ?!
Nous avons vu des chambres chaleureuses, colorées, avec des fleurs. Des équipes sereines, marchant calmement, répondant aux personnes avec attention, douceur et compréhension.
Je me suis demandée comment l'on pouvait traverser les étapes du deuil en aussi peu de temps (2 mois, d'autres partent plus vite encore) ? Quelle énergie psychique incroyable faut-il développée pour accepter sa fin inéluctable et proche ? Se sont aussi souvent les malades eux-mêmes qui soutiennent leurs proches et les aident à faire leur travail de deuil. Fred Chichin l'a montré en demandant à Catherine Ringer de faire l'Olympia le 13 novembre seule, sans lui à ses côtés.
Inévitablement, on se projette lorsque l'on reçoit une telle nouvelle. Sa jeunesse, sa mort rapide, sa compagne veuve désormais, ses filles orphelines de père. Que ferait-on en pareil circonstance ? Si nous étions atteint d'un cancer foudroyant ou si notre conjoint l'était ? Serions nous abattu, courageux, battant, vaincu ? Que dirions-nous à nos proches avant de partir ? Quelles émotions et sentiments nous animeraient ? Ces questions nous nous les posons tous. On donne des réponses qui ne sont finalement que des suppositions car l'heure venue, nous ne verrons peut-être plus les choses de la même manière. C'est pourquoi, d'ailleurs, il me semble si difficile d'envisager de légiférer sur l'euthanasie ou d'avoir un avis tranchée : pour ou contre !
Ceux qui nous fait tend tenir à la vie n'est ce pas l'attachement à nos proches plus qu'à notre propre vie ? Ainsi, aujourd'hui, sain de corps et d'esprit, nous pouvons dire : "Je ne veux pas souffrir, voir ma déchéance, si je deviens un légume, je veux que l'on m'aide à mourir". Mais, demain, malade, souffrant, agonisant, si nous sommes accompagnés avec dignité et humanité, si les équipes soignantes nous rejoignent là où nous en sommes du chemin, de notre chemin, pour nous écouter et nous comprendre alors peut-être nous voudrons tenir encore un peu... pour notre famille, pour les voir encore, pour voir les vignes une dernière fois *, pour aller acheter des crayons de couleurs pour nos enfants *, pour...
* deux exemples vécus et accompagnés par les soins palliatifs dont j'ai parlé ci dessus.
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